Portrait de Alli COZIC-SOVA, gestionnaire du LLING

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  • Du 05 janvier 2026 au 11 février 2026
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Bonjour Alli, merci d’avoir accepté cet entretien. Vous êtes gestionnaire administrative et financière du LLING, le laboratoire en linguistique, mais vous êtes aussi estonienne et multilingue. D’où vous vient cette impressionnante maitrise de la langue française ?

Maîtrise de la langue ? Pour le vocabulaire, d’accord. J’ai commencé à apprendre le français à 15 ans, au lycée français de Tallinn et à travers la littérature, principalement du 19ème, début 20ème siècle. J’adore cette langue. C’est un jeu pour moi, car j’y mets plus facilement de la distance en étant « non-native ». Mais j’ai un accent qui s’entend, je le sais. J’ai longtemps bataillé contre lui, mais maintenant, je l’accepte.

Vous avez raison gardez-le ! Il rompt d’une certaine manière, avec la monotonie, tout comme certaines phrases de conclusion dans vos mails. Il y a comme une fantaisie poétique, toujours très imagée. Vous la cultivez elle aussi ? Est-ce un trait typiquement estonien ?

Est-ce que je la cultive ? Certainement, mais elle n’a rien à voir avec un trait culturel de mon pays d’origine ! C’est très ludique pour moi. Les mails sont notre principal outil de travail dans l’administration et ils sont très formatés, avec une structure bien définie, un ordre des sujets et une formule de politesse à laquelle plus personne ne prête attention. Alors c’est précisément cette petite phrase imagée placée en fin de mail qui peut créer la surprise et rendre les mails entre collègues plus chaleureux et plus humains. 

Comment êtes-vous arrivée en France ? Par amour de la langue ?

Surtout par amour de la philosophie ! Je me suis installée à Paris, pour travailler sur Gilles Deleuze dans le cadre de mon Master. Ma carrière était tracée. J’avais prévu de revenir en Estonie faire mon doctorat et continuer dans la recherche. Et puis j’ai découvert la bioéthique. Aborder le sujet de la transplantation a fortement requestionné ma définition de ce qu’est un être humain, confrontant une approche philosophique assez abstraite à l’étude du corps humain. Je l’ai vécu comme un véritable bouleversement et cela a en partie suspendu la poursuite de mes études.

Comment êtes-vous devenue gestionnaire de laboratoire ?

J’ai découvert le travail de gestionnaire de laboratoire en travaillant à l’ENS. D’une certaine façon, travailler au service de la recherche et du monde académique, c’est ma pierre à l’édifice, ma façon d’y contribuer en me mettant au service des chercheurs depuis l’autre côté du miroir.

Parlez-nous de votre arrivée à Nantes Université.

En octobre 2022, nous avons quitté Paris avec mon conjoint et nos enfants pour nous rapprocher de sa famille. Par chance, Nantes Université recherchait une personne pour assurer un poste partagé entre le secrétariat de l’UFR Lettres et Langages et la gestion du Centre Atlantique de Philosophie. Habitant à Redon, j’ai voulu m’assurer que la distance était compatible avec mon organisation familiale et comme vous le voyez, ça fonctionne ! A la fin de ce contrat, j'ai eu la chance de pouvoir intégrer le LLING où je suis également entourée d'une équipe formidable avec des chercheurs qui travaillent sur des sujets passionnants. Quand je le peux, j’aime me plonger dans les travaux de recherche pour comprendre leurs finalités même si, à mon niveau, mon travail consiste à accompagner les chercheurs sur le volet administratif.

Ce poste de gestionnaire de laboratoire, comment le décrire ?

Il est très difficile pour moi de répondre à cette question. D’abord, parce que j’ai sans doute ma propre définition, et qu’il faudrait la poser à mes homologues des 10 autres laboratoires du pôle. Et aussi parce que chaque laboratoire a ses spécificités. Le LLING est un petit laboratoire en comparaison de certains autres, avec une vingtaine de titulaires. Mais il est dirigé en cotutelle avec le CNRS. En cela, le travail de gestionnaire est parfois double.
Pour répondre aussi concrètement que possible à votre question, même si ce n’est pas exhaustif, je dirais que le travail de gestionnaire consiste à assurer la partie administrative et financière de la vie du laboratoire. Monter des dossiers de recrutement, rédiger des contrats, suivre les opérations financières et comptables, organiser des évènements, assurer la gestion des missions, informer les chercheurs et les partenaires… c’est vraiment un poste qui offre une grande variété de missions !

Quels peuvent être les difficultés qui vous rencontrez ?

C’est un poste qui peut être exposé à une forme d’isolement, d’autant que l’activité d’un laboratoire est très soutenue. Pour ma part, la cotutelle est aussi une organisation qui complexifie la gestion. Il faut maitriser les outils de chacun des établissements de tutelle et on n’a pas toujours d’interlocuteur en direct pour avoir des réponses. Heureusement, j’ai la chance de travailler au sein d’une unité suffisamment petite pour pouvoir échanger avec les chercheurs ou les collègues de l’administration et je peux compter sur des personnes ressources, au pôle notamment, très disponibles. Je pense aux collègues du service financier de proximité, à la cellule RH… qui sont toujours dans la posture de trouver des solutions. Je me sens vraiment soutenue malgré des situations inextricables.

À quel type de situation faites-vous allusion ?

Dans l’administration, il faut rentrer dans un cadre juridique et financier très précis mais la recherche requiert parfois une certaine souplesse. En linguistique particulièrement, nous sommes confrontés à beaucoup de cas de figure « atypiques » qui nous mènent dans une forme d’impasse administrative. Comment faire rentrer dans une procédure « classique », une mission de terrain qui se déroule dans un endroit si éloigné géographiquement et culturellement qu’il n’existe pas d’infrastructure ni de système de facture ? Sans compter que chaque projet est unique et nécessite qu’on s’y penche avec une grande attention !

Merci Alli pour ces échanges, je vous laisse la parole pour un dernier mot si vous le souhaitez.

Je voudrais en effet remercier tous mes collègues, au sein du réseau des gestionnaires de laboratoire, grâce à qui je trouve toujours du soutien moral et une issue à mes questionnements, et tous les collègues qui m’ont soutenu dans la préparation du concours cette année.

Mis à jour le 06 janvier 2026.