Portrait de Charlotte BARCAT, directrice adjointe aux relations internationales

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  • Du 30 septembre 2026 au 04 novembre 2026
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Directrice adjointe aux relations internationales du pôle Humanités, Charlotte BARCAT accompagne au quotidien les mobilités étudiantes, les partenariats internationaux et les projets qui contribuent à développer l'ouverture internationale du pôle. De son parcours universitaire, marqué par une passion pour l'Irlande du Nord, à ses missions actuelles, elle revient sur son itinéraire, les enjeux des mobilités et les nombreux projets qui font vivre l'international au sein des Humanités.
 

Vous avez toujours été attirée par les langues ?

Oui, j'ai toujours aimé les langues. J'ai appris l'anglais, bien sûr, mais aussi l'espagnol, l'italien, le russe et un peu le japonais. Lorsque j'ai dû choisir seulement deux langues à mon entrée à l'université, en licence LEA à Tours, cela a été un véritable crève-cœur ! J'ai finalement poursuivi l'anglais et l'italien.
C'est pendant mes cours de civilisation britannique que j'ai eu un déclic : je me suis aperçue qu’à l’université, on pouvait enseigner non seulement la langue, mais aussi du contenu dans une langue étrangère, en l'occurrence l'histoire, et à un public d’adultes. Avec mon niveau d'anglais, j'ai pu bifurquer de la L2 de LEA vers la L3 de LLCE, une formation qui correspondait davantage à mon projet. C'est également à ce moment-là que j'ai commencé à m'intéresser à l'Irlande.
 

D'où vient cet intérêt pour l'Irlande du Nord, devenu par la suite une véritable spécialité ?

Mon université avait des partenariats avec deux universités en Irlande, à Dublin et à Derry. En 2006, je suis donc partie à Trinity College à Dublin dans le cadre d'Erasmus, pour mon Master 2. C'était une expérience très riche. En parallèle de mes études, je donnais quelques cours en tant que lectrice de français, en échange d'un logement sur le campus. Une excellente affaire à Dublin ! À mon retour en France, on m’a conseillé de passer l'agrégation d'anglais, que j'ai obtenue. Je n’avais cependant pas réussi à finir mon mémoire, et Martine Pelletier, maîtresse de conférences spécialiste du théâtre nord-irlandais, m’a suggéré de travailler sur le cas de Bloody Sunday en Irlande du Nord. J’ai pu alors repartir à Derry/Londonderry, où j’étais lectrice de français à plein temps, et je travaillais en parallèle sur mon mémoire de Master 2, dans la ville même où s’étaient produits les faits. En 2009, j'ai commencé une thèse de doctorat à Paris 3 sous la direction de Valérie Peyronel, toujours sur le même sujet.
 

Comment s’est passée la rédaction de la thèse ?

Ca n’a pas été simple ! Pour financer ma thèse, j’ai obtenu des contrats d'ATER, mais l’instabilité liée à ce statut, où les contrats ne sont que d’1 an et les supports de postes sont presque toujours temporaires, m’a obligée à changer de ville et d’université à de multiples reprises: Rennes, Brest, puis à nouveau Rennes... et, bien sûr, pas toujours sur les mêmes enseignements, sinon cela aurait été trop facile ! Il fallait donc constamment s'adapter, tout en essayant de faire avancer ma thèse. Au bout de quatre ans, n’ayant plus la possibilité d’être ATER, j'ai obtenu un poste de PRAG à Amiens. Cela m'a permis de me poser davantage et de rédiger ma thèse, même si j'assurais tout de même une vingtaine d’heures de cours hebdomadaires, car un PRAG n’a pas le statut d’enseignant-chercheur et enseigne donc à plein temps. J'ai soutenu ma thèse en décembre 2016. Elle a reçu le prix de la Chancellerie des universités de Paris, une belle surprise pour moi après sept années parfois difficiles passées sur ce travail. Dans la foulée, j'ai demandé et obtenu la qualification aux fonctions de maîtresse de conférences.
 

Et c'est finalement à Nantes que votre parcours universitaire s'est poursuivi ?

Oui. J'ai obtenu un poste à l'Université de Nantes en 2017, à la FLCE. Dès mon arrivée, j'ai été sollicitée pour prendre la responsabilité de l’internationalisation au sein de la codirection des Licences parcours Europe, ce qui signifie surtout la coordination des mobilités sortantes des quelque 55 étudiants de L3 du parcours qui partent chaque année. J'aime beaucoup m'occuper des mobilités parce que l'on voit immédiatement leur impact sur les étudiants, de manière très concrète. Ayant moi-même vécu la mobilité Erasmus, je connais les difficultés que l’on peut rencontrer, mais je sais aussi que c’est une expérience qui peut réellement changer le cours d’une vie. Les mobilités étant gérées administrativement et pédagogiquement par chacune des composantes des Licences Europe, je joue plutôt un rôle d'accompagnement, de conseil et de coordination. Le caractère pluridisciplinaire de ce parcours peut parfois rendre compliquées les mobilités, et j’essaie de mon mieux de régler en amont les éventuels problèmes, afin d’alléger la tâche des collègues coordinateurs des mobilités dans chaque faculté.
 

Comment s'organise aujourd'hui la gestion des mobilités au pôle Humanités ?

Le Service Relations Internationales du Pôle Humanités, dirigé par Margaux Capouillez, compte 4 gestionnaires de mobilité qui gèrent les aspects administratifs de toutes les mobilités des étudiants entrants et sortants du Pôle. Le service organise notamment des temps d’accueil pour les entrants, avec bien sûr des réunions d’informations mais aussi des moments de convivialité. Le tutorat est également utilisé afin d’aider les entrants. La qualité de cet accueil nous tient particulièrement à cœur, car il est crucial que l’expérience des entrants à Nantes soit satisfaisante, si nous voulons conserver nos échanges.
D’un point de vue pédagogique, ce sont les enseignants coordinateurs au sein des composantes qui ont la responsabilité d’aider les étudiants à choisir leurs cours, et qui signent le contrat d’études une fois qu’il est finalisé. Comme avec le parcours Europe, où chaque faculté a ses pratiques et ses manières de gérer les candidatures, les sélections, l’approbation des contrats d’études ou les conversions de notes, le Pôle Humanités comprend différentes composantes avec des besoins différents et des pratiques différentes. Il faut donc trouver un équilibre entre s'adapter aux spécificités de chaque composante ou même département, et essayer d’harmoniser les pratiques qui peuvent l’être, dans l’intérêt des étudiants.
 

Les partenariats sont-ils construits de manière centralisée ?

Ils peuvent être initiés de différentes façons. Le projet peut venir de manière descendante, par exemple lorsque la Direction de l'Europe et de l'International identifie un potentiel nouveau partenaire, et nous demande si nous sommes intéressés. EUniWell nous a aussi permis d’obtenir des places en échange que nous avons partagées entre les composantes du Pôle, avec Birmingham ou Linnaeus, par exemple. Mais un projet d’accord peut également venir directement des enseignants qui souhaitent construire un partenariat avec une université particulière, par exemple s’ils y ont travaillé par le passé, où s’ils y ont déjà des contacts. Les accords de mobilité sont ensuite validés en Conseil de Pôle, sauf pour les accords Erasmus qui suivent une procédure simplifiée. Ils permettent de développer progressivement un réseau de partenaires adapté aux besoins des différentes formations.
 


Quels sont justement les projets qui vous tiennent particulièrement à cœur ?

L’international est un domaine où travailler à l’échelle du Pôle est particulièrement intéressant, car les mobilités étudiantes ont toujours en quelque sorte transcendé l’échelle des facultés. Un étudiant entrant va souvent sélectionner des cours dans plusieurs composantes du Pôle, voire parfois en dehors du Pôle. Nos étudiants sortants ont souvent besoin de la même flexibilité lorsqu’ils partent à l’étranger. Réfléchir à une échelle plus grande que les facultés a donc tout son sens, car cela reflète en réalité l’expérience des étudiants en mobilité. Au-delà des mobilités étudiantes, il est toujours intéressant de travailler avec des collègues étrangers de différentes spécialités. Les demandes de « missions invité.e.s » sont désormais gérées à l’échelle polaire, avant tout parce que cela permet de donner une plus grande visibilité à ces missions, et d’encourager des interventions dans plusieurs composantes. En effet, bien souvent, l’expertise d’une personne invitée, que ce soit un enseignant-chercheur ou un professionnel, peut intéresser des collègues et des étudiants de plusieurs composantes du Pôle. Par exemple, Bryan WAGNER de Berkeley est invité par ma collègue Aurélie Godet du département d’Anglais, autour d'un sujet qui intéressera certainement les étudiants et les enseignants de l'UFR d'Histoire, Histoire de l'art et Archéologie. Il y a aussi des sujets plus techniques, mais essentiels, comme le travail sur les syllabus et sur la visibilité de notre offre de formation en général. Je suis enfin en train d'aboutir à un livret qui rassemble les descriptifs de l'ensemble de nos cours. C'est un travail assez fastidieux, mais il répond à un besoin très concret, notamment pour les étudiants internationaux. Enfin, nous avons également pour projet de développer les mobilités courtes, en particulier les écoles d’été. J’ai pu moi-même faire l’expérience de ce format, via notre partenariat avec l’Université de Montréal, autour de la question de la paix. C’est un format très intensif, mais qui mène à des échanges extrêmement riches !
 

Vous évoquez les syllabus. Pourquoi est-ce un enjeu aussi important pour les étudiants internationaux ?

Parce que les étudiants en échange ne s'inscrivent pas simplement dans une formation type licence, comme le ferait un étudiant de notre université. Ils construisent leur propre programme de cours pour qu'il corresponde aux attentes de leur université d'origine, qui valide ces cours par équivalence à la fin de leur mobilité. Ils peuvent ainsi « piocher » dans l’offre de formation sans être forcément contraints par l’année, la filière, ou le type d’UE (disciplinaire, transversale ou complémentaire). Il leur faut simplement trouver suffisamment de crédits ECTS et des cours qui conviennent à leur université d’origine, pour constituer le fameux contrat d’études. Or, le catalogue en ligne que nous avons actuellement ne donne que très peu de détails sur le contenu des cours. Les descriptifs détaillés sont disponibles, mais dans les brochures individuelles de chaque formation. Il faut donc parfois consulter le livret de sciences du langage, puis celui d'histoire de l'art, puis celui d'allemand LLCE... De plus, la mise à jour est complexe, et il peut donc y avoir une différence entre l'offre affichée sur le papier et l'offre réellement disponible. Pour aider les étudiants entrants, nous avons donc rassemblé tous les descriptifs de cours proposés sur le pôle. Nous allons arriver à près de 300 pages, avec un bel index ! Cela permet aussi de prendre conscience de la richesse de notre offre de formation. C'est un travail fastidieux et qui risque d'être rapidement obsolète, mais qui devrait faciliter la tâche des futurs entrants, en attendant de proposer mieux. J'ai bon espoir que la nouvelle offre de formation permette à terme de disposer d'un outil en ligne dans lequel chaque enseignant pourra inscrire et actualiser le descriptif de son cours, dans la langue choisie pour l'enseigner. Nos universités partenaires proposent souvent de tels catalogues, et l'IAE dispose déjà d'une page qui s'en approche.
 

Que se passe-t-il concrètement lorsque les étudiants internationaux arrivent à Nantes ?

La période de rentrée est particulièrement dense pour le service des relations internationales. Ça y est, tous nos étudiants Erasmus du premier semestre sont arrivés ! À leur arrivée, il y a tout un circuit d'accueil. Le guichet unique constitue leur première porte d'entrée pour les questions liées notamment aux visas ou aux transports. À notre niveau, nous les accompagnons dans la découverte de leur environnement universitaire et de notre campus, et nous leur délivrons leur carte étudiante. Puis, lorsqu'ils commencent les cours, il faut souvent quelques jours, voire quelques semaines, pour que tout se mette en place. Les enseignements qu'ils avaient choisis au mois de mai ne sont pas toujours proposés en septembre, certains peuvent se chevaucher dans leur emploi du temps... Il faut donc parfois actualiser le contrat d'études et les aider à construire leur emploi du temps « à la carte ». Le Service RI et les coordinateurs enseignants sont donc très mobilisés pour accompagner au mieux les étudiants entrants.

Le pôle Humanités vous paraît-il avoir une place particulière sur les questions internationales ?

Oui, clairement, même si chaque pôle a évidemment ses spécificités. Les relations internationales sont particulièrement importantes pour nous, d'abord en termes de mobilités, qu'il s'agisse des étudiants ou des enseignants-chercheurs. La Faculté des langues et des cultures étrangères joue notamment un rôle important dans cette dynamique. Mais notre spécificité tient aussi à la présence du SUL, qui porte l'enseignement du français langue étrangère. Et puis nos propres étudiants portent parfois une culture d'ailleurs, à travers leur histoire personnelle ou familiale. C'est justement toute la richesse que cherche à valoriser Campus du Monde, la nouvelle programmation lancée par la vie étudiante du pôle : mettre en avant l'interculturalité et toutes les formes de présence de l'international sur notre campus.
 

L'attractivité internationale reste-t-elle néanmoins un enjeu ?

Oui. Notre pôle accueille aujourd'hui relativement peu d'étudiants internationaux entrants par rapport au nombre d'étudiants qui partent à l'étranger. Malheureusement, l’apprentissage du français dans le monde est en perte de vitesse, et les discussions avec les universités étrangères font ressortir presque immanquablement le même obstacle : l'un des principaux freins à la signature de nouveaux partenariats est le nombre encore limité de cours proposés en anglais à Nantes Université. La DEI a d'ailleurs recensé l'ensemble des enseignements en anglais proposés à Nantes Université, notamment pour promouvoir l'université lors des salons internationaux auprès de nouveaux partenaires potentiels, ou pour permettre aux coordinateurs internationaux d’envoyer ce document à nos partenaires existants. Le sujet est toutefois complexe : d’abord, il faut trouver des collègues pour enseigner ces cours en anglais. Le SUL propose des formations dans ce sens, mais cela demande bien sûr du travail. D’autre part, il faut garantir que les cours auront suffisamment d’inscrits, et si possible, qu’ils puissent également attirer des étudiants français.
Parmi les nouvelles propositions qui vont dans ce sens, nous avons le graduate programme en sciences du langage, proposé entièrement en anglais.
 

Pour les étudiants qui ne partent pas en mobilité, existe-t-il d'autres façons de vivre une expérience internationale ?

Heureusement, oui ! Et c'est quelque chose que j'aimerais vraiment mettre en avant. On pense souvent spontanément à Erasmus lorsqu'on parle d'international, mais il existe de plus en plus de formats qui permettent de « pratiquer l'international » directement dans les formations. Je pense par exemple au projet EUniverciné+ de Gloria Paganini, aux dispositifs COIL comme celui porté par Christian Hounnouvi, aux projets d'écoles d'été ou encore aux formations d'EUniWell, qui restent encore trop peu connues. Ce sont des dispositifs qui permettent de travailler avec des étudiants et des enseignants étrangers sans nécessairement partir plusieurs mois à l'étranger.


Si vous deviez résumer votre mission en quelques mots ?

Je dirais : identifier les opportunités nouvelles et les partager autant que possible, faire vivre les partenariats existants, et renforcer notre attractivité. Les relations internationales sont un champ complexe car il y a de très nombreux interlocuteurs, ainsi qu’un foisonnement de projets à différentes échelles et dans différents domaines. C’est une sorte d’exploration constante de possibilités, avec de nombreux contacts dont certains mèneront à un partenariat, et d’autres non. Pour moi, le défi est de parvenir à faire circuler l’information de manière à ce que les différentes composantes du Pôle puissent se saisir des opportunités qui se présentent, en fonction de leurs intérêts et de leurs besoins. Par ailleurs, entretenir les partenariats existants nécessite un travail constant : bien accueillir les étudiants et personnels de nos universités partenaires, s’assurer que nos étudiants et personnels soient satisfaits de leur expérience lorsqu’ils partent, permettre aux personnels d’effectuer des missions de suivi de leurs partenariats… C’est un travail très concret et absolument essentiel. Enfin, si je parle d’attractivité, ce n’est pas tant que j’aime l’idée de nous mettre en « compétition » avec d’autres universités, mais plutôt parce que l’international est souvent indissociable de l’idée d’échange. Un échange nécessite que chaque partie y trouve son compte, et il est donc important que nous puissions montrer que notre université et notre ville possèdent des atouts qui peuvent apporter beaucoup aux étudiants ou aux collègues étrangers.
En résumé, le but de ce travail que nous faisons avec tous les acteurs des relations internationales, au pôle et au-delà du pôle, est que l’ensemble de la communauté universitaire puisse bénéficier de la richesse culturelle et de l’ouverture sur le monde qu’offre l’internationalisation de l’université.
 
Mis à jour le 30 septembre 2026.